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mardi 19 novembre 2013

Solitude

Assez régulièrement, surtout à l'approche de l'hiver, j'éprouve une sorte de mini nervous breakdown. Évidemment, le climat nous fatigue davantage, nous sommes fragilisés, mais pas seulement. J'ai souvent cette impression/intuition que le rythme extérieur à nous (saison, déroulement de l'année scolaire...) influence complètement notre climat interne. Je me sens complètement balayée par le vent, érodée par la pluie, et la nuit se fait en moi de plus en plus. Je perds les liens tissés durant l'année à mesure que les feuilles tombent et jonchent le sol de couleurs d'autrefois et de bons moments passés. Tout cycle impose une métamorphose, les élagages sont aussi nécessaires que les périodes d'efflorescence. C'est juste qu'il n'est pas toujours aisé de laisser la morsure du froid entrer et épurer les vestiges des saisons chaudes. Alors la solitude s'impose comme étant la suite logique des évènements, car l'hiver se vit en soi, et non dans l'opulence et la cuisante chaleur des feux de bois... Cette période de dépouillement et de recentrage me semble nécessaire. D'habitude, mes émotions sont toujours un peu engourdies par l'agitation ambiante. Je suis happée dans une spirale et ne m'en porte pas si mal. Disons que je ne pense pas avoir le gêne du "control freak" très prononcé... Mais à l'approche de cette mise à nu hiémale, les sonorités, les couleurs, les émotions qui flottent autour de moi me semblent accrues... J'ai du mal à m'en détacher, elles m'exaspèrent, elles m'envahissent. Tout est magnifié, amplifié, et j'ai l'impression que je ne vais jamais pouvoir continuer à ce rythme. Les piles de papier s'amoncellent, les contraintes semblent se cristalliser comme des étoiles de glace tranchantes, et je ne sais plus gratter le plaisir caché sous cette terre sèche et frigorifique. Un cri m'écorche, un râle m'abat, et cette hypersensibilité momentanée n'est pas du tout la bienvenue. Mais si je la rejette, je rejette aussi la transformation qui accompagne naturellement l'année... Je me demande juste si c'est vraiment sporadique, dépendant du contexte, ou si cette impression va perdurer et prendre une forme beaucoup plus concrète dans les mois à venir. Est-ce que le sentiment de "trop plein" va permettre d'achever la transformation? Est-ce que je daignerai réaliser tous les projets qui me tiennent à coeur et demandent une discipline de fer? Ou est-ce que j'intégrerai toute cette partie là comme un "mal nécessaire"? Pourtant, je ne vois pas en quoi un mal non intériorisé comme pouvant être utile peut nous aider... s'il est encore extérieur, c'est que nous ne pouvons ou ne sommes pas prêts à l'accueillir. Je n'aime pas trop hâter les choses, je sais que la simple prise de conscience permet un travail liminaire qui débouchera sur une action finale.
C'est dingue comment c'est toujours la même chose chaque année, à peu de choses près... En octobre, je savoure les derniers instants de douceur, chaleur, en novembre/décembre, je fais une cure d'ascétisme émotionnel/relationnel..., en janvier, je recommence à fomenter des plans, des projets, tout doucement.. en février/mars les choses refleurissent peu à peu, et j'esquisse quelques brouillons, les pulsions se font beaucoup plus fortes. en avril/mai, c'est l'acmé relationnelle, créative et instinctuelle. en juin/juillet, je m'arrête soudain, tout me semble figé. en août/septembre, je me hâte, et médite beaucoup plus, puis l'année boucle la boucle fin octobre, au zénith parfait entre débris de plaisir, méditation-recentrage et épurement. J'aime l'automne pour la douceur qu'elle dégage, la caresse du froid qui crée un rééquilibrage. L'été me laisse complètement atone, neutre, le printemps me submerge trop, et l'hiver demande une certaine lutte de territoires pas toujours évidents à concéder. Mais pourtant, je crois que j'aime cette influence saturnienne, car je sais qu'elle m'apporte ce que je ne fabrique pas naturellement.

jeudi 22 décembre 2011

Tout est possible

Après une conversation stimulante avec un très cher ami, je me rends compte que malgré notre sentiment d'être la génération paumée, dupée, naviguant entre deux eaux, bercée par le climat d'abondance dans lequel nous ont élevés nos aînés, mais déchirée par une réalité frileuse et stérile, nous devons nous faire ce devoir envers nous-mêmes : briser les frontières d'une dure réalité, et faire preuve d'audace et d'inventivité. Laisser tomber nos anciennes croyances, brûler symboliquement notre liste de diplômes, et se lancer, avec nos petites expériences, nos qualités, dans le salad bowl bouillonnant du monde du travail. Ne plus se laisser berner par les murs que certains construisent à nos dépens, murs de fiction et de subjectivité, mais se battre dans cette arène, car celui qu'on représente, c'est nous-même, et personne ne le fera à notre place! Le grand saut dans la vie adulte c'est ça : savoir que le seul responsable de notre réussite, c'est nous-même.


mardi 6 décembre 2011

's wonderful, marvellous...

Voilà ce que j'ai envie de faire pour une fois! Enfourcher mon balai de sorcière et voler pour de vrai! Aller à SF, découvrir de nouvelles contrées, de nouvelles personnes, de nouvelles façons de vivre et de voir la vie, absorber le tout comme une étoile de mer assoiffée, écouter du blues, du jazz, du rock, du punk en live, par des grands, par des inconnus, dans des salles, des bars, des parcs, avoir le temps et le loisir de m'extasier de chaque nuage, chaque rayon de soleil, chaque coin de rue, prendre des photos, coucher sur le papier toutes ces péripéties impressionnistes, être sur ON constamment, perpétuellement sur le qui-vive, in love with life.
Je commence dés demain à travers un petit périple dans la ville de Poitiers, armée du Canon, et du désir de découvrir le hidden Poitiers, le Poitiers underground, de dénicher des petits trésors. Au rapport tomorrow night.

mercredi 30 novembre 2011

Le reflet des hêtres

Elle n'avait pas réussi à incarner leurs désirs. Elle n'avait pas réussi à devenir le fruit de leurs projections, de leurs ambitions. Seule, elle se promenait le long du fleuve bordé de hêtres. Tous semblaient l'épier et aspirer à l'atteindre de leurs branches éplorées. La surface de l'eau stagnante ne reflétait pas son image, mais seulement les débris d'une vie aquatique morte. Ils voulaient tous le meilleur pour elle, ils la voyaient au sommet de la pyramide, mais elle, elle trônait sur une pile de feuilles arborant les teintes du déclin. Les être chers faisaient pousser en elle le désir de croître éternellement en évinçant la mauvaise herbe. Leurs yeux, braqués sur elle telles des lampes accélérant la croissance des plantes, ne la lâchaient pas. Leurs yeux étaient devenus ses yeux. C'est alors que le chemin se fit de plus en plus étroit. Le feuillage des hêtres prenait tellement d'ampleur que la vue en était totalement bouchée. Il fallait rebrousser chemin, ou se frayer un passage. Elle posa un pied timide sur les branchages morts, et commença à arracher des brindilles, puis des branches, elle les soulevait, les écartait, les soulevait, les écartait... Jusqu'à ce qu'une colère éclair née de la monotonie étrange du geste la saisisse. Elle se vit accomplir ce geste répétitif et insignifiant, et vit que ses efforts n'étaient pas vraiment récompensés. Une fureur de vivre l'envahit. Elle ne voulait pas finir pâle comme une tige molle, ou encore fripée comme une vieille feuille à l'orée de la disparition totale. Elle ne voulait pas être à moitié présente, à moitié vivante. A moitié prisonnière du feuillage, et à moitié dehors. A quoi rimait cette tiédeur ? Pourquoi vivait-elle ici bas ? Pour arracher les mauvaises herbes et aller se coucher ? Si elle voulait vivre, il fallait exprimer plus d'envie, plus de force, plus de vigueur. Prendre cette branche qui obstruait sa volonté, la tordre, et la briser ! Imposer ses désirs, puis se laisser guider par le vent...

Le vent avait été son ami depuis toujours, il l'avait portée jusqu'en haut des cimes. Le vent chaud du sud, le vent réconfortant, qui caressait les mosaïques incomplètes et biscornues de son être. Il avait été son allié, malgré sa pluralité, ses petites incohérences. Il semait les graines de ses douces rêveries, de ses douces folies... Il ne cessait de souffler, et ne cessait de lui insuffler d'autres souhaits. Elle se visualisait danser de l'autre côté des falaises, briller, et enfin devenir quelqu'un. Vivre. Mais aujourd'hui, elle venait de quitter le sud et sa douceur, les montagnes de succès qui la faisaient fantasmer à un futur fait de fortune et de reconnaissance. Jamais elle ne s'était confrontée à elle-même, projetée dans la vraie vie. Perdue dans ses pensées, elle heurta un petit tas de pierres grises. Elle était enfin sortie de l'enclave végétale. Une éclaircie réchauffa sa peau et son cou dénudé. La suavité diffuse de ce rayon l'enlaça et lui procura un soudain bien-être, presque organique, irrationnel. Elle n'avait pas ressenti cela depuis les promenades de son enfance. Ce modeste rai de lumière la plongea dans d'autres souvenirs. En présence de ses parents, elle pouvait se taire, être elle-même dans la plus grande simplicité, dans le plus grand dépouillement. Elle n'avait nul besoin de se parer de couleurs et de fards pour éviter de laisser son mal-être transparaître. Elle pouvait le laisser circuler librement, comme une brise qui caresse le dos des feuilles, soulève une vaguelette, mais ne crée pas de torrent. A présent, le soleil se dissimulait derrière une épaisseur cotonneuse de plomb, et la laissait seule dans son errance. Plus de souvenirs auxquels se raccrocher. Plus de bien-être cellulaire incontrôlable. Seule. Dans l'obscurité. Grandir. Les pierres le lui murmuraient. Le vent serait sa boussole. Elle continua sa route le long des hêtres, et regarda droit devant elle le chemin clair et tout tracé. Elle quitta les lianes volubiles ainsi que le cloaque mêlé de feuilles mortes et de cailloux. Elle quitta les derniers oripeaux du passé qui la tenaillaient encore, et avança sans se retourner. Flèches de feu dans le regard.

Passer des heures dans l'obscur silence. Croire en ses mots, croire en ses rimes. Croire, l'excès de fantasmes? Croire et donner, n'est-ce pas assez? Donner tout court, sans croire, la vie ne demande pas moins. Mais alors, je chante à contre-courant de la vie. Et je ne sais pas où me situer. Tout donner selon les formules élucidées? Tout donner sans avoir cure du succès? Stupidité, aveuglement que de penser que la foi importe autant que le don? Que l'espoir permet l'accomplissement des amorces de lendemains heureux? Entendre, voir, que la vie et son représentant le plus proche ne croient pas avec ferveur, ni en l'espoir, ni en moi, je me sens à nouveau seule. Seule, mais à ma place. Seule, mais légitime. Car grandir s'organise ainsi, errer seul, sans coussinet greffé aux pattes quand on dérape! Errer seul, sans appui ni espoir d'autrui. Errer seul avec pour seule eau le don constant et pour sel l'espoir divin.

vendredi 18 novembre 2011

Elégie, San Francisco, Journal fantasmatique


Rues bigarrées comme des bonbons aux multiples saveurs ; tramway qui vous emmène aux sommets comme au plus profond des entrailles ; la mer déchaînée s'abat sur la ferraille rougeoyante, fruit d'un fantasme collectif et ainsi cultivée par ce dernier. On ne sait jamais où l'on sera demain ni même ce soir ; mais on sait qu'on ne sera pas seuls et que le panel de surprises dont regorge la ville ne s'éteindra pas de si tôt. A la fac de Berkeley, les cours les plus avant-gardistes y sont dispensés. On peut parler de littérature trans', ou assister à un cours d'écriture créative avec les plus grands auteurs. Tout y semble possible. On peut être qui on veut. Voici le journal fantasmatique d'une française en manque d'exil abreuvée de rêveries exotiques!


Voyage intérieur

Le récit de voyages est plus un vagabondage intérieur qu'un périple en terre inconnue. Il permet d'abolir les frontières intérieures/extérieures et de mirer dans la variété des reliefs la richesse de son paysage intérieur.
I sing alone to fill up the emptiness of being
I sing alone to feel something before the great ending

mardi 15 novembre 2011

Crachat de Fiel

Aujourd'hui, j'ai passé un entretien qui est censé valider ou non ma potentialité à enseigner dans le privé (est-ce que je ne suis pas tarée, est-ce que je ne suis pas à côté de la plaque). Et le plus drôle, c'est le sentiment de total décalage avec le milieu dans lequel je m'apprête (peut-être) à plonger. J'avais juste l'air d'une surexcitée survoltée, ouvrière du déridement des vieilles peaux de fions étroits. Si je recevais une réponse négative, j'avoue que je prendrais ça pour un signe divin : ne sois jamais prof! vraiment, je me dis que c'est un métier si dur. Il faut complètement annihiler sa personnalité pour n'être plus qu'un robot d'efficacité face aux élèves. Yes, je suis passée par tous les stades, je vais être ze prof qui va tout changer, qui va être plus cool, plus libre avec les mômes, plus compréhensif, plus humain... ce n'est que plus le bordel. je crois que cette approche douce et libre pourrait marcher sur un mini-groupe d'élèves assez jeunes. Mais ça foire total avec des gamins conditionnés par un système délétère de compétition constante, d'expression débordante de leur égo parfois boursouflé, le tout alimenté par les notes, le principe du meilleur et du plus nul, par les relations de force, et la vaine autorité qu'on développe dans le but de calmer pour si peu de temps une foule en rut, juste de quoi faire son cours dans des conditions pas trop dégueulasses. L'école est le berceau du mal-être social, et on décide de l'étouffer et de l'ignorer... bref, je suis passée par ce stade là, ainsi que celui de robocop (le premier qui parle j'le bute), mais en vrai, aucun des deux systèmes ne marche. Dans un cas, je suis hyper méga frustrée et pète occasionnellement une durite, ce qui excite d'autant plus les élèves et fout assurément une ambiance de chiottes, dans le deuxième cas, j'extermine tellement ma personnalité et ma sensibilité que je ne prends plus du tout plaisir à enseigner, car je me sens comme un robot d'autorité suprême. Je crois que pour éduquer, il faut avoir ce côté robot/inflexible, ne pas céder sur certains trucs (genre, t'as pas le droit de bouffer de la merde à midi, t'as pas le droit de sécher les cours à 8 ans, et bouffe ton chou-fleur, y en a qui crèvent la dalle), mais quand on choisit d'enseigner, on est réellement porté par notre passion, on étudie une matière par amour pour elle, et puis on se retrouve à travailler aux antipodes de cette même passion, complètement terrorisé par tous les problèmes auxquels on fait face SEUL, les problèmes des élèves qui nous envahissent, les problèmes avec les parents, les problèmes avec l'administration, avec les cours, les réunions à tire-larigot... le tout, SEUL, affecté à 600kms de sa famille, de ses amis, bref, SEUL, et triste, et mal payé (au début du moins).
Est-ce que ça vaut vraiment le coup?

Boules, Clodo et Honte

Il m'est arrivé un truc de nouille aujourd'hui, c'est débile mais je m'en remets toujours pas. Je me suis dit que ça valait le coup de partager mes plus belles hontes VOLUME 938 avec ce magnifique dessin!




Errata : "ce moment innomable de gêne" : ouhla, j'étais fatiguée là! rectifier par "ce moment de gêne innommable".
Conclusion :
J'me tape la TE-HON, des dizaines de BOULES roulent dans le bus, all-eyes-on-me-blushing-blushing, la clodo du bus me prend en pitié (je devais vraiment avoir l'air d'une chiasse), et me FORCE à lui donner mon sac de boules pour qu'elle les "garde" le temps du trajet. Et moi je la laisse faire. Qu'est-ce qui est le plus INCONGRU dans cette histoire? La folie de ces évènements successifs ou ma propension à laisser une telle folie s'exprimer librement à CHAQUE FOIS?

mercredi 20 avril 2011

Et on ne grandira jamais...


Après une discussion éclairée avec Le point G, (he's always got a point)... on en est venu à la conclusion que ma génération était une génération sacrifiée à qui on a jetée trop de poussière de fée aux yeux. Autrement dit, on a passé beaucoup d'heures à se payer du rêve, et à vouloir être unique et reconnu en éloignant au plus possible la réalité. La réalité du taf, la réalité des factures, et la réalité de la "normalité". Car la normalité, c'est pas bien vu. On est tellement plein d'idéaux utopiques qu'on méprise cette normalité, consciemment ou non. On veut s'illustrer dans un domaine, voire plusieurs, être tous des artistes, et on cultive le souhait de reconnaissance. On alimente nos rêves, sans s'apercevoir que les élus seront deux gouttes d'eau dans l'océan.
On a été et on est bercé de ça :

- des pouvoirs magiques qui consistent à brandir des baguettes magiques et lancer des regards mystérieux de la mort qui tue (en imaginant que nos yeux jètent des éclairs) en se proclamant clairvoyants lucifériens


- des groupes de copines goth/sorcières/perdues/geek/cool, rayez la mention inutile, avec qui on traîne tout le temps car plus on fait les mêmes trucs collectivement, (souhait clanique oblige) plus on se fabrique de l'identité individuelle. (c'est tordu hein?)



- des livres trop anciens trop rares qu'on pourra montrer à ses copines en se la pétant grave. (t'as vu, j'ai un livre unique = t'as vu, j'suis unique = je possède donc je suis.)



- des trucs de ouf trop sensationnels qu'on fait avec ses potes entre les pyjamas parties et les boutiques. "c'était pas notre imagination non!" (putain on est vraiment originales et uniques! = distorsion de la définition d'unicité... ah bon un groupe c'est pas "un"? peut-être UN cerveau pour 4 oui...)

(légères tendances paraphréniques dans mon adolescence je dois avouer...)

- une maison de folie qu'on partagera avec notre bande de potes de fac dans laquelle on fera une coloc bigarrée et joyeuse pour toujours.


- une carrière d'écrivain parce qu'à 10 ans on écrivait des poèmes que les parents affichaient à côté des photos de famille sur la cheminée...


- le lifestyle de rockstar qui va avec


- une carrière de musicien parce qu'on gratouille une fois l'an...

En conclusion,
Ne nous méprenons pas, j'ai pris du LSD et des anabolisants dans mon biberon, j'ai bien été élevée aux herbes magiques, et je mangeais ma soupe dans un chaudron.

J'ai adoré ces années de rêve, et je rêve toujours autant. Mais je dois faire un bilan de mon utilité sociale : nulle. Je ne pourrai pas vivre éternellement ainsi, pourtant entrer dans l'engrenage du travail et de la normalité me donne de l'urticaire et me fout les pétoches à mort. Pas mal de gens de ma génération ressentent la même chose, et cultivent aussi leurs jardins utopiques avec ardeur. Le point G arguait que toutes ces séries, ces films n'avaient pas forcément aidé. Je suis d'accord, je suis toujours aussi fan de Buffy, des supers pouvoirs, et je serai toujours bon public pour qu'on me lance de la poudre aux yeux. Mais je reconnais que tout ce pan strass et paillettes de nos vies nous donne une vision tellement géniale-wahou-méga-épileptique des choses que la normalité paraît fadasse à côté. Et se reconnecter aux choses simples et nécessaires à notre survie devient difficile. Réaliser un rêve c'est tout un parcours, on se berce un peu d'illusions, ça nous fait comme de l'électricité dans le corps, on vit pour ce rêve, et puis on le réalise, on se rend compte qu'il est somme toute pas si EXTRAordinaire que ça. Alors on poursuit un autre rêve pour obtenir cette sensation électrique à nouveau... Mais en ce monde, ce sont nos actions qui comptent. Ce sont les interactions qu'on aura avec les autres. Chercher dans le rêve la sensation de bonheur pour devenir frigorifiée par les sensations du réel, là c'est chaud. C'est la déconnexion. Et je me sens très souvent déconnectée. J'aimerais toujours rêver, mais je vais devoir essayer de me diluer dans la norme, juste pour (sur)vivre, et ne pas me désaxer de l'humain pour toujours.

mercredi 26 janvier 2011

Vie, Merci!
Cosmos, Merci!
Je danserai une petite danse pour vous.

mercredi 22 décembre 2010

Poème de Yule


Caduque tu es, si couvert de lumière
Tu te trouves en été
C'est dénudé de tes apparats
Que l'hiver te façonnera.
Plonge tes mains dans le trou
Laisse la pénombre t'envelopper,
Cherche la clé pour faire sauter le verrou
Du monstrueux et du dissimulé.
En toi les énergies foisonnent,
Ne laisse pas les marionnettes faire la donne.
Ton coeur est profond comme une mer d'été
Ton corps se déploie comme le chêne des forêts
Ton âme croît comme un soleil d'amour.
Laisse ce temple mûrir nuit et jour.

Bordeaux. Voyage intérieur.


Octobre :

Voilà maintenant un mois que je suis bordelaise. Malheureusement, ce périple est un passage, et non un ancrage d'après les plans qui se bousculent dans ma tête. Mais les plans s'avèrent parfois de vastes chimères et la réalité une main puissante qui nous empoigne et contre laquelle nous ne pouvons lutter. Mon statut de bordelaise est donc nébuleux et indistinct, mais il se dessine au fur et à mesure que mon corps et mon esprit habitent cette ville.

Je ressens diverses émotions eu égard à mon nouveau berceau. Aristo, branché, wannabeparisian, rétro, ville-musée, population argentée et poésie des quais. Il y a de tout cela. Ici, on se sent rapidement important. Ecoles de commerce, banques, hommes et femmes d'affaire, il y a dans l'air l'amour de l'égo, l'amour du pouvoir. Les jeunes sont aériens, volatiles et pâles, les middle age sont ancrés, présents, et remplis de décisions. Les enfants sont des adultes miniatures aux moeurs et aux us décents et raffinés. Beaucoup courent après l'image et les icônes, ils les fusionnent avec leurs corps inachevés, leurs âmes affaiblies. Les toits sont beaux et poétiques, mais trop souvent préoccupés. L'horizon est apaisant car la perspective devient floue et ambiguë. Les premiers plans sont objectivement ravissants, mais trop de sentiments contradictoires en jaillissent. Comme dans toutes les grandes villes, on court après la paix. Dans les cafés, les parcs, les discussions le long des quais et les promenades amoureuses. Il y a ce sentiment d'ébullition où qu'on aille, comme si un nuage de feu peuplait notre tête et nous empêchait d'y voir clair, de dessiner un trajet limpide, comme si chaque vitrine, chaque arbre, chaque place, chaque distraction servait à nous détourner et à remplir notre être de colifichets et talismans vitaux. Contrairement à un village, ou toute zone moins encombrée sur le plan humain comme géographique, on ne peut définir sereinement notre relation de soi à l'univers. Dans un lieu moins dense, une relation de paix s'établit entre monde et être, le monde servant de miroir à l'homme. La distraction est diffuse, et permet la réflexivité. Il est très dur d'évoluer en toute objectivité sereine dans une ville aussi enfiévrée que Bordeaux. La concentration de choses, d'activités et d'âmes perturbe notre circuit interne. Notre fonctionnement propre en est érodé. S'installe paradoxalement un décalage dans la mécanique de l'être au fur et à mesure que le mécanisme de la ville semble de mieux en mieux huilé.

J'aime artistiquement parlant Bordeaux. Mais je n'aime pas humainement parlant la ville. Elle est trop épileptique de lumières et de divertissements dans le sens premier du terme, de détournements de ce vers quoi je tends naturellement. L'urbain et ses charmes laissent trop peu de place au naturel et à sa simplicité, sa vérité. Dans sa richesse et sa pluralité il y a aussi la fausseté, bien trop conquérante...

mercredi 15 décembre 2010

The 90's

on pouvait ressembler à n'importe quoi d'informe et de mal assorti, c'était quand même trop la classe! (for non blondes)

Un grand espace à soi

Plus je vis, plus je me rends compte à quel point un GRAND espace est nécessaire à notre survie mentale, émotionnelle et spirituelle. Ici, dans ma cage à lapin bien mignonne, je péris à moitié. J'aime ce nid douillet, mais il me contraint à beaucoup dormir, à beaucoup faire pour la survie de l'espèce, mais pas à déployer mon imaginaire, ni à percevoir la clarté de l'horizon. Ici, ma perspective est réduite, me renvoie à la matérialité, et ne m'offre qu'une poésie urbaine sporadique.
On a besoin d'horizons dégagés pour nettoyer et élargir nos frontières mentales, on a besoin de grands espaces pour s'exprimer plus aisément, pour ne pas être heurté à la moindre contrainte qui nous renverrait à une matérialité bien trop présente, à des mouvements bêta bien trop répandus, au lieu de nous élever à l'alpha et au gamma... On a besoin de pulvériser nos plafonds LIMITATIFS, d'atomiser les murs, de destroy ce qui gêne notre épanouissement total.
L'espace réduit signifie (pour moi) relation réduite de soi à l'univers. Signifie repli sur les besoins primaires de l'humain ou sur ses obsessions, signifie circuit fermé car bien trop auto-alimenté. Invasion de l'obsession, de la monomanie, sphère physique et mentale complètement surinvesties. Peu de place pour l'émotionnel, l'artistique et le spirituel.

mardi 14 décembre 2010

Perpignan

Jamais je ne pensais ressentir un sentiment aussi puissant pour un lieu. Je me moquais bien des chauvins, mais maintenant je commence à saisir cet atavisme, cet attachement fort aux racines. Mes racines sont là bas, c'est là où j'ai grandi, vécu toute mon enfance invariablement, toute mon adolescence, où j'ai découvert la liberté, où j'ai éprouvé des joies, des désespoirs, où j'ai vu les plus beaux couchers de soleil au printemps, où le vent a failli m'emporter, où j'ai pu enlacer la mer Méditerranée jusqu'en septembre et sentir mon coeur battre à l'unisson des vagues brûlantes de poésie. C'est là que j'ai rêvé, heures et journées durant, à des ailleurs que je ne trouverai jamais. C'est là que j'ai appris, que j'ai aimé, que tout a commencé. Et c'est encore là-bas.
Je le sais, quand je reviens, je ressens un intense apaisement. La ville expulse des milliers de moteurs, de cris, de peurs par ses artères encombrées, les gens parlent plus fort qu'ailleurs, brûlent, bouillent, et ce bouillonnement interne est exprimé jusque dans la ville elle-même, sa vive circulation, ses quartiers colorés et chauds, sa lumière dorée et enveloppante. J'aime cette lumière. Tout est plus fort, plus chaud, plus vif, pourtant, en moi la paix se fait. Je suis sereine comme jamais. Je renoue avec mes racines, revois ma maison d'enfance, d'adolescence, les gens qui m'ont entourée, et je me sens si bien! Je n'ai plus besoin de courir à droite à gauche, en quête de je-ne-sais-quoi. Je peux me laisser aller et vivre au rythme des saisons, des journées, des lunes, je suis. Peu importe si je n'ai pas de but immédiat. La rêverie, les balades, et les songes sont autorisés et même inclus dans la vie naturelle de ce lieu. La lumière, la douceur du vent, le chant crépusculaire des oiseaux, les étoiles visibles la nuit, le murmure de la mer, le patchwork des vignes, le charisme des montagnes, tout nous enjoint à prendre le temps de nous arrêter et de contempler, seuls, errants peut-être, mais heureux, remplis.
Je n'ai jamais retrouvé cette paix de l'âme ailleurs que là-bas.
Aujourd'hui je suis loin, je cours, je doute, je questionne, et cours, sans même danser... sans même rêver... tout n'est que praticité, nécessité de savoir TOUT DE SUITE, DEVOIRS... parfaits germes du doute et de la tristesse.
J'aime tout chez moi. J'aime prendre le bus qui s'éternise 45 minutes à faire tous les villages pour aller en ville, j'aime les quartiers cradingues et jouasses du centre, j'aime ces gens qui rient et parlent fort sans vergogne, j'aime la musique à fond des kékés le soir, j'aime mes autochtones de potes, j'aime le dédale des rues, j'aime ce côté village, ce côté cocon, cette proximité, cette curiosité. Car toutes ces qualités me manquent tant d'où je suis...

photos : http://www.visoterra.com/photos-perpignan/perpignan-le-canigou-et-la-tet.html
http://blog.bmykey.com/category/immobilier/actualite-en-france/languedoc-roussillon/pyrenees-orientales/perpignan/

Amour toujours tu es le rêve des songeurs
Tu dépeuples les cœurs et attises les erreurs
Ton nom rampe comme une vipère assoiffée
Dont l'ombre chante d'acides vers éraflés.
On t'invoque t'adore et te glorifie
On s'inquiète s'écorche et s'horrifie
Car jamais le cœur autant ne subit
Que lorsque l'âcre rancœur s'écoule en un cri...
Aime! ou meurs, ainsi on te berce
Mais dans l'âme en silence on te blesse
Amour toujours tu es le rêve des songeurs
Aime, meurs, et accepte tes pleurs.